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les réseaux sociaux vus par les 8-12 ans


Même si la plupart des plates-formes affichent un âge minimum de 13 ans pour s’inscrire, de nombreux jeunes de 8 ans à 12 ans sont aujourd’hui de grands utilisateurs de réseaux sociaux comme Instagram et Snapchat. Or les préoccupations en matière d’usages de ces réseaux ont tendance à se concentrer sur les adolescents et les jeunes adultes – sans prendre en compte ces enfants et ces adolescents – et sur des questions comme le cyberharcèlement ou les sextos.

Mes recherches portent justement sur la perception des réseaux sociaux qu’ont ces 8-12 ans et les problèmes qu’ils peuvent rencontrer en utilisant ces plates-formes. Elles révèlent que, si les enfants sont conscients de certains dangers, comme la présence de prédateurs en ligne, ces réseaux ont globalement des effets émotionnels qui ne sont peut-être pas assez pris en compte dans les discours des parents et de l’école.

Identité en ligne

Entre 8 ans et 12 ans, les enfants se trouvent à une étape clé de leur développement et commencent à vouloir élargir leur cercle de relations sociales, au-delà de leurs parents. Les échanges avec leurs camarades prennent alors plus de place et ont une signification plus importante pour eux.

Quand ils commencent à naviguer sur la toile, ils posent les bases de leur identité numérique et s’exposent à des situations différentes de celles qu’ils rencontrent dans la vie réelle. Ils peuvent alors avoir besoin d’un accompagnement. Cependant, les parents et les enseignants, qui ne sont pas toujours des digital natives, n’ont pas toujours la confiance et l’aisance nécessaires pour assurer ce rôle.

J’ai mené cette étude dans quatre écoles primaires du Pays de Galles, avec des enfants âgés de 10 ans à 11 ans. Sur ces 40 participants, 38 avaient déjà leur propre compte sur un réseau social, ce qui suggère que le nombre de préadolescents actifs sur ces plates-formes pourrait être bien plus élevé qu’on ne le pense. Des travaux de l’Ofcom en 2019 estimaient notamment que 21 % seulement des enfants de 8 ans à 11 ans ont ouvert un profil sur les réseaux sociaux.

Les images présentées aux groupes participant à la recherche.
Claire Pescott, Author provided

Les enfants se sont répartis en huit groupes de discussion. J’ai eu recours à un certain nombre d’activités pour susciter le débat. Tous les groupes sont parvenus sans problème à donner une définition de ce qu’est un réseau social ; certaines réponses sont revenues souvent, comme « des outils techniques qui permettent de communiquer avec d’autres personnes », ou « un réseau sur lequel on peut s’exprimer ».

Les enfants ont discuté des émojis et ont montré qu’ils étaient conscients des problèmes inhérents à leur usage. Ainsi, un participant a noté que ces symboles pouvaient être trompeurs dans la mesure où on ne voit pas en direct le visage de la personne avec laquelle on communique et donc que l’on ne peut pas savoir « comment elle se sent vraiment ».

D’autres ont parlé des émojis (à connotation sexuelle) « pêche » et « aubergine » comme de symboles grossiers, dont ils savaient qu’ils n’étaient pas adaptés à leur âge. Cela pourrait sous-entendre qu’ils s’engagent dans des espaces ou des conversations qui ne les concernent pas.

Snapchat expliqué par les ados (L’Obs, 2017).

L’étude montre aussi que les parents et les enseignants ont réussi à faire passer aux préadolescents des messages sur la sécurité en ligne, comme la vigilance par rapport à la présence de prédateurs sexuels.

Dans six groupes de discussion sur huit, les enfants ont évoqué le problème des fausses identités et à ces situations qui consistent à attirer une personne dans une relation par le biais d’un personnage fictif en ligne. « En ligne, un homme de 70 ans peut très bien faire semblant d’avoir 15 ans », a expliqué un participant.

Sensibilisation au danger

Les enfants ont pu parler des différentes stratégies qu’ils utilisent pour se protéger en ligne. Cela inclut le réglage de paramètres de sécurité, le fait de ne devenir amis qu’avec des gens qu’ils connaissent dans la vie réelle et l’usage du mode « fantôme » sur Snapchat pour désactiver leur localisation.

Certains enfants ont aussi expliqué que leurs parents surveillent leurs usages en étant amis avec eux sur les réseaux sociaux ou en vérifiant leurs messages privés.

Toutefois, les résultats les plus inquiétants de cette recherche concernent les discussions sur l’utilisation de filtres Snapchat – que les jeunes peuvent superposer à leurs propres photos. Les réponses sont très clivées selon le genre. Les garçons ont raconté comment ils utilisaient les filtres pour s’amuser, alors que les filles de sept groupes sur huit ont commenté le recours aux filtres pour « avoir l’air plus jolies » et améliorer l’apparence.

Ces préadolescentes parlaient de l’usage de filtres pour redessiner les contours du visage et accentuer les pommettes ou embellir la peau. Un participant a déclaré que ces changements d’apparence n’avaient pas seulement pour but de renforcer la confiance de la personne dans sa propre valeur, mais d’inciter les gens à « s’intéresser à elle », soulignant que la popularité en ligne est plus une question d’apparence que de personnalité. « Là, en vous parlant, j’aimerais bien porter aussi un filtre », a même dit une petite fille.

Les filles participant à l’étude ont montré qu’elles étaient conscientes de toutes les questions autour de ces images et ont reconnu que cela pouvait avoir un impact sur leur estime d’elles-mêmes. Pourtant, lorsqu’on aborde le sujet des réseaux en classe, on a tendance à insister sur l’e-sécurité plutôt que sur ces effets émotionnels.

Il est clair que certains messages concernant la sécurité sur les réseaux sociaux parviennent bien aux 8-12 ans. Cependant, les risques liés à la socialisation numérique peuvent affecter les jeunes de différentes façons – et l’on a pu négliger certaines informations concernant les enfants. Les photos retouchées en particulier peuvent influencer la manière dont les enfants perçoivent leur corps.

Ces résultats suggèrent qu’il faudrait intégrer ces enjeux de protection émotionnelle dans les enseignements portant sur les réseaux sociaux à l’école primaire, afin de prendre en compte les sujets qui préoccupent vraiment les enfants, plutôt que de partir des dangers qui inquiètent avant tout les adultes.



Claire Pescott, Senior Lecturer in Education, University of South Wales

Cet article est republié à partir de The Conversation sous licence Creative Commons.

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