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TikTok représente-t-il une menace pour la sécurité des Canadiens ?

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Alors que la Chambre des représentants a adopté le 13 mars une proposition de loi qui prévoit l’interdiction de TikTok aux États-Unis, les inquiétudes concernant les menaces que TikTok fait peser sur la vie privée et la liberté des personnes ont de nouveau été soulevées.

De son côté, le gouvernement fédéral du Canada a révélé qu’il avait commencé à enquêter il y a plusieurs mois pour déterminer si le contrôle étranger de l’application constituait une menace pour la sécurité nationale.

Les représentants du gouvernement canadien considèrent que TikTok représente une menace pour les Canadiens de deux manières : en violant leur vie privée par la collecte d’un grand nombre de données ; en sabotant la démocratie par le biais de la désinformation et de la manipulation.

Ces menaces sont-elles théoriques ou réelles ? Existe-t-il des preuves étayant les craintes que le gouvernement chinois exerce un contrôle sur ByteDance Ltd, l’entreprise basée à Pékin qui possède TikTok ?

Il y a de bonnes raisons de penser que TikTok peut constituer une menace pour notre vie privée, mais pas pour notre démocratie. La plate-forme collecte peut-être trop de données, mais les craintes que la Chine utilise TikTok pour nous désinformer ou nous manipuler à des fins politiques sont injustifiées.

La Chine n’a pas besoin de contrôler TikTok pour influencer nos élections. Elle peut le faire assez facilement sans cette application. Les efforts actuels du Canada pour minimiser la menace que TikTok représente pour la sécurité nationale ne neutraliseront pas la menace que les médias sociaux font peser sur la démocratie.

Radio-Canada se penche sur l’interdiction potentielle de TikTok.

Les préoccupations en matière de protection de la vie privée sont bien réelles

Mais TikTok représente une menace pour notre vie privée. Les régulateurs européens ont notamment infligé des amendes à TikTok pour avoir collecté des données auprès d’utilisateurs trop jeunes pour donner un consentement valable. Ils ont aussi condamné l’application pour avoir utilisé les données privées à mauvais escient et pour avoir « incité » les utilisateurs, par le biais de leurs paramètres par défaut, à adopter un comportement portant atteinte à la vie privée des personnes.

Des recours collectifs au Canada et aux États-Unis ont présenté un argumentaire similaire.

Les experts en cybersécurité ont mis en garde contre le caractère invasif de l’application, car elle suit la localisation de l’utilisateur, les messages qu’il reçoit et les réseaux auxquels il accède. Les autorisations sont enfouies dans les paramètres de l’application, mais la plupart des utilisateurs ne sont pas au courant de leur existence ou ne prennent pas la peine de les vérifier.

Fin mars, le Commissaire à la protection de la vie privée du Canada et ses trois homologues provinciaux devraient présenter un rapport d’enquête sur la manière dont TikTok recueille et utilise nos données. La Commission recommandera très probablement de suivre l’exemple de l’Europe en adoptant une législation exigeant une plus grande transparence des données collectées par TikTok et des restrictions supplémentaires quant à leur utilisation.

L’influenceuse TikTok Tina Nguyen, de Belleville (Ontario), pose pour une photo. Le quart des Canadiens ont un compte TikTok.
La Presse canadienne/Darryl Dyck

Craintes d’ingérence de la Chine

Le 1er mars, le gouvernement fédéral a publié une nouvelle politique selon laquelle les plates-formes étrangères, comme TikTok, feraient l’objet d’un « examen approfondi » en vertu des pouvoirs conférés par la loi sur l’investissement au Canada. En vertu de cette loi, le gouvernement peut imposer des conditions aux investisseurs ou entreprises étrangers lorsqu’il existe des « motifs raisonnables de croire » que leur présence au Canada « pourrait porter atteinte à la sécurité nationale ».

Les ministres ont été clairs et directs quant à leurs préoccupations : « des acteurs hostiles soutenus ou influencés par l’État pourraient tenter de tirer parti des investissements étrangers dans le secteur des médias numériques interactifs pour diffuser de la désinformation et manipuler l’information ».

Vingt-six pour cent des Canadiens utilisent désormais TikTok. La filiale canadienne de TikTok pourrait-elle prendre des mesures pour empêcher le gouvernement chinois de se livrer à la désinformation ou à la manipulation ?

Pourquoi les inquiétudes sont injustifiées

En février, la direction du renseignement national des États-Unis a publié une évaluation des menaces, révélant que des comptes TikTok gérés par un « organe de propagande » du gouvernement chinois « ont ciblé des candidats des deux partis politiques pendant le cycle électoral américain de mi-mandat en 2022 ».

Cependant, comme l’a fait remarquer un commentateur dans le New York Times, le rapport du renseignement national ne dit pas si les algorithmes de TikTok ont favorisé ces comptes malveillants. La Chine a peut-être utilisé TikTok pour désinformer et manipuler, mais elle n’avait pas besoin de le faire en dirigeant ByteDance.

Une étude réalisée en 2021 par le Citizen Lab de l’université de Toronto a examiné en profondeur le code de TikTok et ses capacités de collecte de données. Ses conclusions confirment que TikTok n’est pas plus invasif que Facebook, Instagram ou d’autres plates-formes de médias sociaux.

L’étude a révélé que TikTok et sa version chinoise, Douyin, « ne semblent pas présenter de comportements ouvertement malveillants similaires à ceux que l’on trouve dans les logiciels malveillants ». Bien que Douyin contienne « des caractéristiques qui posent des problèmes de confidentialité et de sécurité, telles que le chargement de code dynamique et la censure des recherches côté serveur », l’étude révèle que « TikTok ne contient pas ces caractéristiques ».

Cela ne signifie pas que la Chine n’est pas en mesure d’ordonner à ByteDance de faire des choses qui pourraient nuire aux Canadiens. Mais cela confirme l’idée que la Chine n’a pas besoin de mobiliser ByteDance pour le faire ; un agent du gouvernement chinois (ou toute autre personne) peut facilement le faire en se faisant passer pour un utilisateur ordinaire.

En bref, les craintes d’ingérence de la Chine dans les élections canadiennes et américaines peuvent être justifiées. Mais tout comme la Russie a pu utiliser de faux comptes sur Facebook pour interférer dans l’élection présidentielle américaine de 2016, la Chine peut nous désinformer et nous manipuler en utilisant n’importe quel autre des médias sociaux, contre nous.

Cela met en évidence la véritable menace qui pèse sur notre démocratie : les médias sociaux que nous ne pouvons pas contrôler.



Robert Diab, Professor, Faculty of Law, Thompson Rivers University

Cet article est republié à partir de The Conversation sous licence Creative Commons.

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