Si tu cherches à comprendre pourquoi la Turquie est devenue un cas emblématique des violences faites aux femmes, il faut regarder au-delà des slogans politiques. Le sujet ne se résume pas à une décision diplomatique ou à un débat idéologique : il touche à la protection concrète des femmes, à la place de la famille dans le discours public, et au rapport de force entre l’État, les associations et la société civile.
Dans les faits, ce qui se joue en Turquie, c’est la rencontre entre des féminicides répétés, une mobilisation féministe très active et un pouvoir qui a progressivement durci son discours. Si tu es dans cette situation où tu veux comprendre l’actualité turque sans rester à la surface, ce texte te donne les clés pour lire les événements avec plus de précision.
L’essentiel a retenir : la Turquie a quitté la Convention d’Istanbul alors qu’elle faisait face à une crise grave de violences contre les femmes.
- Les féminicides sont un problème systémique en Turquie.
- La Convention d’Istanbul vise à prévenir et punir les violences faites aux femmes.
- Le retrait turc a été justifié par la défense de la “famille traditionnelle”.
- Les associations et les réseaux sociaux jouent un rôle central dans l’alerte.
- L’histoire politique turque explique en partie ce recul.
- L’AKP a d’abord affiché un discours réformateur avant de se durcir.
- Les militantes continuent de résister malgré la pression politique et policière.
La Turquie et la Convention d’Istanbul
En 2011, la Turquie a été le premier pays à signer la Convention d’Istanbul, un traité du Conseil de l’Europe conçu pour lutter contre toutes les formes de violence envers les femmes. Concrètement, ce texte oblige les États à mieux prévenir les violences, protéger les victimes, poursuivre les auteurs et mettre en place des politiques publiques cohérentes.
Ce point est important, car la Convention n’est pas symbolique : elle sert de cadre d’action. Dans la pratique, elle pousse les États à former les policiers, renforcer les dispositifs d’accueil, améliorer les recours judiciaires et rendre la violence conjugale ou sexuelle moins tolérable dans l’espace public.
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Or, malgré l’urgence du problème, la Turquie a annoncé son retrait de la Convention en mars 2021. Le gouvernement a justifié cette décision en affirmant que le traité menacerait l’intégrité de la famille et encouragerait des valeurs contraires aux traditions du pays, notamment en ce qui concerne l’homosexualité. Dans les faits, cette argumentation a surtout servi à déplacer le débat : au lieu de parler de protection des femmes, on a mis au centre une vision idéologique de la famille.
Ce que cela change pour toi, si tu suis ce dossier, c’est qu’il ne s’agit pas seulement d’une rupture juridique. Le retrait affaiblit un cadre de référence international qui permettait aux associations de s’appuyer sur un texte clair pour demander des comptes à l’État. Il envoie aussi un signal politique très fort : la priorité n’est plus la lutte contre les violences, mais la défense d’un modèle social présenté comme “traditionnel”.
Dans la majorité des cas, ce type de bascule a des effets très concrets : moins de pression institutionnelle, plus de difficulté à faire reconnaître les violences, et davantage d’espace pour les discours qui minimisent la gravité des féminicides. C’est précisément pour cela que la décision turque a suscité une telle inquiétude.
Avant Erdogan : un féminisme d’État ambigu
Pour comprendre cette évolution, il faut revenir à la naissance de la République turque. Après la chute de l’Empire ottoman, le pouvoir kémaliste a voulu moderniser le pays à marche forcée. Les femmes ont alors été placées au cœur du récit national : droit de vote en 1934, réforme du code civil, abolition de la polygamie, encouragement à adopter des codes vestimentaires occidentaux.
Sur le papier, cela ressemble à une avancée majeure. Mais dans la pratique, ce féminisme d’État restait très vertical. Il ne partait pas des droits concrets des femmes, mais d’un objectif politique : montrer que la Turquie était moderne, stable et digne d’être reconnue par les grandes nations européennes. Autrement dit, l’émancipation des femmes servait aussi d’outil de légitimation internationale.

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