Fabien Roussel et la défense de la gastronomie française, Éric Zemmour et l’école inclusive, etc. : autant de polémiques qui sont soit nées en ligne (sur Twitter notamment), soit ont reçu un écho retentissant sur la toile.
En effet, le numérique et, en particulier, les réseaux sociaux jouent aujourd’hui un rôle central dans la médiatisation des campagnes électorales en France. Si tu t’intéresses à la communication politique, ou si tu te demandes simplement pourquoi certaines prises de parole font le buzz alors que d’autres restent invisibles, la réponse est rarement “parce que c’est plus démocratique”. En pratique, les plateformes servent à la fois à relayer les débats des médias traditionnels, à les contourner, et à permettre aux candidats de parler directement aux électeurs. De leur côté, les citoyens peuvent soutenir, critiquer, interroger, voire interpeller les candidats sans passer par un journaliste.
L’intérêt pour le numérique en communication politique est d’autant plus fort dans un contexte de crise sanitaire et de distanciation sociale. Quand les réunions publiques sont limitées, quand les déplacements sont plus compliqués et quand l’attention du public se fragmente, la campagne en ligne devient un levier évident. Mais ce que cela change pour toi, si tu observes la vie politique de près, c’est surtout ceci : les réseaux sociaux ne remplacent pas les rapports de force existants, ils les déplacent souvent sur d’autres terrains.
Avant même la crise, l’importance du numérique en politique était déjà visible, que l’on pense aux campagnes américaines ou à des formats très médiatisés comme l’interview d’Emmanuel Macron par Mcfly et Carlito. Cela pose alors plusieurs questions très concrètes : les réseaux sociaux permettent-ils à davantage de citoyens de s’exprimer ? Facilitent-ils vraiment l’accès aux candidats ? Les “petits” candidats y gagnent-ils en visibilité ? Internet démocratise-t-il réellement le débat public ?
Pour répondre à ces questions, nous avons observé les comptes Facebook, Twitter, Instagram et YouTube des principaux candidats à l’élection présidentielle de 2022 sur deux périodes : la semaine du 4 au 10 octobre 2021 et celle du 27 décembre au 2 janvier 2022. L’idée n’est pas de dire que les réseaux sociaux ne servent à rien, mais de vérifier ce qu’ils changent réellement dans la pratique.
L’essentiel a retenir : les réseaux sociaux en politique amplifient surtout les candidats déjà puissants, ils ne rééquilibrent pas automatiquement la compétition.
- Les gros candidats gardent l’avantage en ligne.
- Les petits candidats gagnent rarement une forte audience.
- Les commentaires restent faibles au regard des inscrits.
- Les likes ne prouvent pas un engagement politique réel.
- Les plateformes reproduisent souvent les hiérarchies existantes.
- La visibilité dépend aussi de la notoriété et des moyens.
Idée fausse n°1 : Les médias sociaux rééquilibrent les écarts entre petits et gros candidats
Cette idée vient à la fois des débuts de l’Internet politique et d’une vision très optimiste du numérique : si publier coûte moins cher, alors tout le monde devrait pouvoir exister à égalité. Sur le papier, l’argument tient. En réalité, il est beaucoup plus fragile.
Concrètement, le numérique réduit bien certains coûts. Il n’est plus nécessaire de passer par les journalistes pour publier un message, et ouvrir un compte est gratuit. De la même manière, publier un post prend beaucoup moins de temps que distribuer des milliers de tracts. Dans ton cas, si tu suis une campagne, cela donne l’impression que les petits candidats peuvent enfin rivaliser avec les grands.
Mais dans les faits, la baisse du coût de publication ne signifie pas baisse du coût de visibilité. C’est là que beaucoup se trompent. Être capable de publier n’est pas la même chose qu’être capable d’être vu, partagé et commenté. Les algorithmes, la notoriété préalable, la taille des communautés militantes et la professionnalisation des équipes de campagne pèsent énormément.
Nos données montrent au contraire que l’espace politique en ligne reproduit largement les hiérarchies déjà présentes dans l’espace politique hors ligne. Emmanuel Macron, en tant que président de la République, domine très largement avec 7,5 millions d’abonnés sur Twitter, 4,2 millions sur Facebook, 230 000 sur YouTube et 2,7 millions sur Instagram.
Marine Le Pen et Jean-Luc Mélenchon disposent aussi d’audiences importantes, tout comme Éric Zemmour, ancien journaliste, qui bénéficie d’une forte exposition médiatique préalable. Ce point est essentiel : la visibilité en ligne ne naît pas de zéro. Elle s’appuie souvent sur une carrière politique, médiatique ou militante déjà installée.


